Maintenant que l'irréalisable est réalisé, je tourne en rond, je tourne en carré, en boucle comme un vieux disque rayé. Tout se cogne à l'intérieur, contre mes pare-chocs de bric et de broc. Je dois réviser mes sentiments, ranger mes idées qui s'emmêlent, que je n'arrive plus à dénouer. Et mon esprit qui court à la poursuite du passé, qui ouvre mes valises entières de regrets, et je hurle à l'intérieur, tous ces non-dits, ces non-faits, ces promesses désavouées, ces regards désabusés. Pause, rembobinage, lecture, ma vie ressemble à un mauvais film. Je dois arrêter de fouiller le passé, de déterrer tout ce que je ne devrais pas trouver, tous ces cadavres oubliés, tout ce qui me fera pleurer, apprendre ce que j'avais peur de comprendre. Nous sommes seuls. Je vais emmurer mon coeur, fils de fer barbelés, et jeter la clé. Quelqu'un m'a dit, aujourd'hui que l'amour n'existait pas. Sacrée découverte pour moi qui étais partie à sa quête. L'amour, c'est dans les livres, dans les films, c'est de l'art, abstrait et comme toute oeuvre d'art, l'amour n'a pas de prix, à moins qu'il n'ait été vendu, comme chaque centimètre carré de notre terre, chaque rond-point, d'interrogation de nos chimères. Consommation, n'est-il pas. Aveuglés par sa quête, nous nous entortillons dans notre solitude, à vouloir toujours avoir ce que nous n'avons pas. J'ai perdu ma conscience entre les volutes de fumée de ces nuits animées, qui m'ont abîmée, j'ai brûlé ma clairvoyance au prix de ces cigarettes gâchées, et tous ces baisers que je croyais pourtant ne pas avoir volés. Je n'ai plus de confiance, en rien, ni dieu, ni maître. Je n'aime plus, rien, ni personne. Je suis seule, plus d'amitié qui tienne, plus de main dans la mienne, plus de promesse incertaine ou de je t'aime. Le temps est assassin, chaque demain est le même point, d'interrogation : qui sera là, avec moi, qui me suivra, qui partira. Je me suis vendue au diable, plus d'âme, plus d'arme, des torrents de tourments comme trame. Je me sens aussi froide que le regard que tu portes sur moi. Et si seulement tu m'avais regardé ce matin, une seule fois. J'avais pourtant cru apercevoir dans tes yeux, la flamme. Ce ne devait être que le reflet de la lame.