Coupe le fil si tu veux, je me sens liée de mille chaînes invisibles. C'est beau, sombre, glauque et ça donne l'impression d'un cube tranchant dans l'estomac. Trop pour moi, trop pour ne plus retenir ses larmes, une fois seule contre la vitre glaciale. Un coup de fil, elles, après être rentrée dans la nuit obscure, les sifflements derrière, les éboueurs devant, toujours cette peur diffuse qui renvoie des années en arrière, la nuit sombre, noire, gouffre sans fond. Et la lumière sale des lampadaires qui se mélangent au bitume et aux étoiles. Le ciel menaçant et toujours l'obscure sensation dans la poitrine. Les jambes se dérobent. On accélère le pas, et je suis seule.
Voir sa mort et se dire "ça aura fini comme ça". Et je n'étais pas prête à mourir, hier, je n'étais pas prête parce que je n'avais pas dit au revoir. Je voulais simplement continuer à consumer ce qui me brûlait déjà un peu les doigts.
Etre conviée à fêter la majorité d'une amie. Apprendre des choses fausses et ridicules et se dire que les gens ne sont pas ce qu'on croit. Parler beaucoup, de rien. Ne pas savoir ce qu'on fait là, avec ces gens qu'on ne connait pas, par-dessus une barrière où dans une impasse, là-haut. Plus près du ciel, plus près de leur réalité. La musique, les heures qui passent, la vision qui se perd. Squatter ses bras puis quelques baisers. Le froid et l'apre vérité.
Aimer. Avoir peur. L'inconnu devant soi. Une nouvelle vérité.
L'orage. Aujourd'hui, je pourrais dire que l'atmosphère est électrique mais elle ne l'est pas, si ce n'est dans ma tête. Il fait lourd, il pleut et les gouttes s'écrasent dans un bruit paresseux. L'eau est tiède, le ciel gris, bas, pesant, à la Baudelaire. Pas le temps pour moi, jamais le temps. Je voudrais m'allonger dans l'herbe et attendre que le ciel se déchaîne. Je suis comme l'atmosphère, lente et lourde. Si lente. Le calme qui précède la tempête. Je ne m'endors plus la nuit, je reste en veille, dans un silence dérangé, plein d'ombres et de courants d'air. J'ai chaud, j'ai peur. Je vois les heures qui continuent à clignoter et je voudrais leur crier qu'elles continuent sans moi, j'implore les murs de me laisser respirer. Un peu d'air.
Je voudrais parler de ciel pur, mais attendre que celui-là n'éclate me convient mieux. Attendre de pouvoir me retrouver couverte de cette eau tiède qui me donne l'impression d'être en nage. Le temps est à mon image. Instable, dangereux et las à la fois. La luminosité me donne des envies de meurtre. Sur moi-même.
Mais je suis bien trop paresseuse pour cela.
Egoïste, ont-elles dit.